Enfin chez des personnalités assez bien développées sur chacun des plans des facultés humaines, on sent parfois un cloisonnement quasi absolu entre ces divers domaines. Je crois que chez l’intellectuel un tel manque d’harmonie, un tel cloisonnement peut retentir non seulement dans son œuvre, mais ce qui est aussi grave, dans ses attitudes pratiques, dans ses choix et dans ses prises de position. Un homme qui ne laisse pas parler son affectivité et sa sensibilité est certes victime d’une aliénation dangereuse à cause du pragmatisme, de l’utilitarisme, du jésuitisme et de la sécheresse qui en découle. Je ne crois d’ailleurs pas qu’une intelligence, aussi aiguë soit-elle, suffise pour saisir tout l’irisé et le mouvant de la vie. Dans d’autres cas cependant, certains ne font plus usage de leur raison et donnent libre cours à leur sensiblerie, à un « justicialisme » qui place toutes les valeurs dans l’abstrait, en dehors des luttes objectives, sans aucun contexte vivant. L’amour, la liberté, la morale, la joie, le bonheur, le respect de la personne humaine deviennent des catégories abstraites, des antithèses isolées, des étalons absolus avec lesquels on essaie de mesurer la réalité dans quelque pays que ce soit, en dehors de l’histoire, dans n’importe quelle conjoncture. A mon avis, cette absence d’harmonie dans l’exercice des facultés humaines, leur cloisonnement peut conduire non seulement à des attitudes oscillant d’un extrême à l’autre, à des palinodies ridicules, mais encore peut conduire à des actions irréfléchies dans leur candeur et leur spontanéité, actions non mûries qui rendent plus difficiles les grandes luttes libératrices de notre temps et même retardent le règne de la liberté et de l’amour. Il est bien facile alors de dire après : « Je n’ai pas voulu cela ! » Il fallait y penser avant. On ne joue pas impunément à l’apprenti sorcier. On parle beaucoup ces jours-ci du droit à l’erreur, chacun le revendique pour lui et le refuse aux autres. Je ne connais aucun droit qui n’implique des devoirs et si le droit à l’erreur existe, nul n’a le droit de faire, avec complaisance, étalage de ses erreurs du moment. On n’a pas le droit de montrer une pensée qu’on sait incomplète, inachevée, fragmentaire, niant sentimentalement des aspects essentiels de la réalité. L’intellectuel est un responsable, il n’a pas le droit d’avancer des opinions qu’il n’a pas mûries, d’opiner sur des faits qu’il n’a pas scrupuleusement étudiés, vérifiés avec toute sa raison comme avec tout son cœur. Bien d’autres aspects de ce problème de l’harmonie intérieure, de l’harmonie et de interpénétration des facultés humaines existent aujourd’hui, mais on ne peut malheureusement pas évoquer tout. Il nous faut dans ces propos nous contenter de l’essentiel.
De quelque côté que l’on considère le problème de l’harmonie intérieure chez l’homme, et chez l’intellectuel en particulier, on se rend compte que c’est une question d’une incalculable portée et d’une immense résonance. Naturellement une harmonie intérieure parfaite n’existe encore chez aucun d’entre nous et moi par exemple, chaque jour je me rends compte des contradictions qui existent toujours en moi, mais l’harmonie intérieure est lutte, perfectionnement continu et l’essentiel c’est que nous soyons toujours en mouvement vers elle. L’homme est encore bien malheureux et parfois, quand je songe à l’écrasante responsabilité de l’intellectuel de notre temps, je suis effrayé de la tâche qui est devant nous. Trop de mises à l’écart de la sensibilité, trop de pragmatisme, trop d’actions mécaniques, trop d’erreurs dues à la sécheresse du cœur, à l’excès de la « cérébralité » sont à imputer à de grands intellectuels de notre temps, mais aussi combien d’actes irresponsables, passionnels, gratuits et criminels par leur manque de réalisme, combien de divorces entre la pensée et l’action sont à la charge de très grands créateurs ! Aussi, à l’orée de cette nouvelle année, nous souhaitons à tous nos amis une harmonie intérieure accrue .
Que les intellectuels 1957 soient ce qu’ils doivent être, des « roses de raison », des hommes conséquents, sévères vis-à-vis d’eux-mêmes d’abord, scrupuleux dans leurs jugements, qu’ils soient des hommes de l’avenir, des premiers de cordée de la race des hommes.
next page
Ma réponse à l’ami , mon médecin traitant d’Haïti qui me l’avait envoyé, ce que j’avais reçu comme une prescription pour mon équilibre mentale.
Quelle productivité remarquable !
L’Académie française tout entière a été passée en revue simplement pour présenter des vœux, mais malheureusement, cette année-là a annoncé le début d’une période difficile qui n’a fait qu’empirer d’année en année.
Je conclus donc que la philosophie, les prophéties et les approches religieuses ont toutes échoué.
L’approche la plus sûre devrait être fondée non pas sur l’intellect, mais sur l’intelligence intrinsèque, l’intuition qui permet à l’homme de percevoir et de vivre selon la vraie voie, qui seule peut le conduire au véritable amour, qui n’a d’autre équivalent que la transcendance menant à la Source que nous appelons Dieu, Allah, Waheguru et par tous les autres noms.
Rosalvo Bobo ne nous a pas non plus été favorable concernant notre premier centenaire de l’indépendance. Mais il semble que la malédiction qui nous afflige mérite un exorcisme qui doit être plus que de simples mots pour construire les arcanes haïtiens, qui ne devraient pas exclure les véritables maîtres de cette terre, que les esclaves affranchis et ceux déportés d’Afrique doivent inclure dans notre panthéon.
Voici un texte qui en parle :
https://frantzrimpel.com/2022/04/15/arcane-haitien-que-se-passe-t-il/
Voici comment j’avais formulé mes voeux pour les années précédentes que je renouvellerai cette année encore :
https://frantzrimpel.com/2021/12/26/mon-voeu-pour-lannee-2022/
Et enfin,
https://frantzrimpel.com/2018/10/04/indignons-nous-enfin/