<<< Mes jeunes élèves l’écoutaient, émerveillés.
<<< Un autre jour, une discussion s’engagea entre André Serval et Dupont, le maître verrier.
Ce dernier ne comprenait pas pourquoi notre Maître voulait absolument que le Signe de la Vierge eut sa place dans un vitrail, comme il la tient déjà à Notre-Dame de Paris dans le Zodiaque de la porte de l’Astrologie.
Vous devriez savoir depuis le temps que nous travaillons ensemble, dit-il à notre camarade avec une grande douceur, que les rites religieux proviennent d’un vaste ensemble symbolique basé sur l’astrologie religieuse…
Nous voici en 1945. De graves événements se préparent… Une crise secoue ce pauvre monde en gestation d’une forme sociale et religieuse qui approche, avec l’entrée du soleil, dans le signe zodiacal du Verseau. Cela ne veut pas dire que nous devions en éprouver de la crainte ou nous révolter! Pensons plutôt à cet admirable récit de l’Evangile où il est dit que « Le Maître envoie en avant ses serviteurs pour préparer le festin de la Pâque ». Ces serviteurs sont à l’œuvre actuellement dans le monde et commencent déjà à détruire ce qui existe pour préparer les voies aux constructeurs dont nous ferons partie. Rappelez-vous également, Dupont, cette phrase de Nietzsche: « Pour qu’un sanc- tuaire apparaisse il faut qu’un sanctuaire disparaisse. Et Bossuet n’a-t-il pas prononcé cette émouvante parole: « Quand Dieu efface, c’est qu’il va écrire. >>>
* Vus sous cet angle, mon ami, les bouleversements, les incendies, les destructions auxquelles nous allons assister ne nous apparaîtront plus comme des actes inconciliables avec l’évolution nécessaire vers plus de justice, vers une vie sociale animée par une plus haute morale, vers une doctrine plus satisfaisante pour l’esprit humain. Quelle que soit la suite des événements qui se dérouleront sous peu, il m’apparaît déjà qu’il s’agit d’une véritable révolution pour l’humanité. Une civilisation nouvelle est en marche et rien ne l’arrêtera!
« La cathédrale Saint-Martial doit être la borne de pierre qui indique où commence cette nouvelle civilisation, fondée elle-même sur une religion caраble de satisfaire à la fois l’intelligence et la sensibilité. Je ne crois pas que le christianisme disparaisse car il faudrait ignorer délibérément que ses racines existent déjà depuis six millénaires; et ça je ne le peux pas! Mais il n’est guère possible de concevoir sa continuation sans une nouvelle modification de ses formes extérieures.
Il en fut de même quand la religion de Moïse remplaça celle des Pharaons et quand l’Eglise de Rome succéda à l’Hellénisme.
Les hommes, en accueillant la nouvelle forme religieuse, ne se sont pas aperçus que c’était la même qui se transformait et leur revenait parée d’une robe mieux adaptée à leurs nouveaux besoins intellectuels ou spirituels.
En effet, ces formes successives de la grande religion traditionnelle, née en Occident, voici quelques millénaires, sont toutes reliées au même ésoté- risme que l’on retrouve immuable à travers elle. Cet ésotérisme en constitue le cadre indéformable, la trame sur laquelle elles sont construites.
« Les parties souterraines de certains édifices religieux attestent que leurs fondations ont soutenu, au cours des âges, les temples successifs où les hommes sont venus prier.
Un exemple bien curieux nous en est donné à Rome par cette église San Clemente, édifiée sur une ancienne crypte chrétienne, au-dessous de laquelle se trouve un sanctuaire mithriaque ou encore par cette cathédrale de Chartres, dont la crypte renferme un puits sacré datant des druides.
< Notre cathédrale, au contraire, doit marquer l’importante transformation dont nous approchons.
Vous commencez, sans doute, à comprendre pourquoi il est nécessaire que le zodiaque ne soit pas oublié sur l’un de nos vitraux, car il renferme non seulement l’histoire passée et future de la vie religieuse du monde, mais encore le schéma de la vie morale des individus. Ne commence-t-il pas avec le Signe de la Vierge, emblème de la pureté et ne finit-il pas avec celui de la Balance, représentant l’équilibre réalisé et le jugement final?
Vous savez maintenant, Dupont, pourquoi par suite de son caractère essentiellement religieux et moral le zodiaque figurait dans les sanctuaires antiques. Il représente dans nos cathédrales du Moyen Age, le legs le plus important de la Tradition primitive. »
Encouragés et stimulés par ces directives, Dupont et sa corporation ont conçu l’un des plus beaux vitraux qui orneront la cathédrale…
Pour l’exécuter ils ont employé la méthode de travail longue mais simple des ancêtres. Celle qui justifiait ces paroles d’André Serval:
Je crois, mes amis, que les hommes reviendraient facilement à l’art pur s’ils avaient le courage de limiter la marche trop rapide du progrès. »
Si je vous ai cité ces quelques exemples, monsieur Moreau, ce n’est que pour vous faire comprendre que là où il y a un Maître inspiré, là seulement peut naître une œuvre! Mais n’allez pas croire que les choses s’arrangèrent sans de réelles difficultés pendant cette délicate période préparatoire! André Serval dut se battre contre les ennemis les plus divers spéculateurs, intermédiaires, entrepreneurs de travaux, hommes politiques, ecclésiastiques même, qui essayèrent tous de contrecarrer ses plans ou ses projets soit par besoin du lucre, soit par jalousie. Ce fut une luttte sourde, patiente, sans merci, inspirée par la double haine de tout ce qui est beau et d’un homme qui avait le courage de voir grand.
Tout ce que la petitesse et la mesquinerie humaines peuvent inventer, André Serval l’a connu. Il en a beau- coup souffert mais sa volonté implacable de réussite, sa foi dans le résultat final et son honnêteté furent telles qu’il parvint peu à peu à se débarrasser des in- nombrables obstacles que l’on semait sur sa route étoilée. Les premiers dont il dut se méfier furent ceux-là mêmes qui étaient censés l’aider, ceux qui lui avaient promis leur concours entier alors qu’ils n’avaient en tête qu’une seule idée se servir de lui pour leurs ambitions ou leurs appétits personnels. Les pires, parmi ces hommes méprisables, furent sans doute ce « Monsieur Fred » et sa clique de financiers véreux…
Le chapitre étant assez long, je le retranscrirai à la fin pour les lecteurs assidus, et je vous prie de bien vouloir excuser les bouts de doigts qui apparaissent en bas des pages.
Merci de votre compréhension.
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