LA PEUR

La peur 😳
Comment la démystifier.
Depuis plusieurs mois, je traînais la jambe droite, ce qui me causait des douleurs de plus en plus vives. J’avais l’impression que l’une de mes jambes était plus courte que l’autre ; j’avais même acheté une semelle supplémentaire pour voir si cela m’aiderait à retrouver ma mobilité — mais en vain. En conséquence, j’ai dû consulter mon médecin généraliste, qui m’a orienté vers un confrère — un orthopédiste dont je tairai le nom pour les besoins du récit qui suit.

Lorsque je suis allé le voir — sur rendez-vous —, nous étions en pleine période d’embargo, une époque où tout tournait au ralenti en raison du rationnement — notamment celui du carburant. Cette situation avait fait flamber les prix, le coût de l’essence étant répercuté sur les clients — ou, dans mon cas, sur les patients.

De fait, ce médecin était très compétent dans son domaine. Ma première consultation a consisté en une flexion de la jambe ; le membre s’est plié, bien que le mouvement s’accompagnât d’une douleur intense.
Le médecin a prescrit une radiographie, que j’ai passée le jour même à la clinique — un établissement où, par chance, tous les services étaient opérationnels ce jour-là, la clinique n’étant habituellement ouverte que trois jours par semaine.
La radiographie a révélé que j’avais accumulé une quantité importante de dépôts calcaires, lesquels empêchaient le ligament situé au sommet de ma cuisse de fonctionner correctement. Je devais donc subir une infiltration — une intervention consistant à gratter les dépôts calcaires, suivie de l’injection d’un liquide destiné à dissoudre les résidus calcifiés restants — le tout réalisé sous anesthésie locale.
Une fois que les effets de l’anesthésie ont commencé à se dissiper, je devais aller chercher ma fille à l’école, située à trois kilomètres de la clinique.
Je suis parti à pied, laissant ma voiture garée devant la polyclinique. Je ne saurais dire si c’était une initiative excessive après une telle intervention, mais j’étais assurément ravi des résultats obtenus. Toutefois, après mûre réflexion — et ne voulant pas forcer outre mesure —, j’ai hélé un taxi pour me ramener à ma voiture ; une décision qui, une fois de plus, m’a laissé un sentiment de totale satisfaction. C’était au début du mois de décembre et, afin de récolter un peu de fonds, notre association s’était associée au ministère du Tourisme pour organiser un grand bal de fin d’année au Djoumballah, avec la participation de l’Orchestre Tropicana. C’étaient là deux expériences que j’avais hâte de vivre. Il semble que je n’étais pas le seul, car la soirée s’avéra être un succès retentissant — une réussite à 100 % !

Je n’étais jamais allé au Djoumballah auparavant, pas plus que je n’avais jamais vu l’Orchestre Tropicana se produire sur scène.

Le 3 janvier — au lendemain de la fête — je souffrais de douleurs aux jambes si intenses que je dus m’appuyer sur une paire de béquilles pour me déplacer. Cela faisait pourtant déjà près d’un mois que j’avais subi mon opération.

Je ne pouvais toutefois pas imputer ce problème à la soirée, puisque je n’avais dansé qu’une seule fois ; pour l’essentiel, je m’étais simplement contenté d’écouter l’Orchestre Tropicana — ce que j’avais fait avec grand plaisir.

Lorsque j’arrivai au cabinet du médecin ce matin-là — appuyé sur mes béquilles —, il voulut savoir ce qui se passait. Je me rappelai soudain lui avoir demandé, avant l’intervention, quel taux de réussite je pouvais raisonnablement espérer de cette opération. Il m’avait répondu : 80 %.

C’est peut-être la raison pour laquelle je lui répondis que, selon mon estimation, il semblait que ce fût le taux d’échec de *20 %* qui l’avait emporté.

Il parut surpris. Il effectua alors le même test de flexion que la première fois ; cette fois-ci, cependant, je ne ressentis pas une douleur aussi vive. Satisfait du résultat, il m’expliqua qu’il s’agissait probablement d’une simple inflammation et qu’il allait me prescrire des médicaments.

Tandis qu’il rédigeait l’ordonnance, il me donna ses instructions : il m’expliqua que le traitement provoquerait une forte somnolence et que je ne devais pas me rendre au travail avant au moins quinze jours — un délai suffisant pour que tout se calme et revienne à la normale.

Sans la moindre hésitation, je lui demandai : « Que se passerait-il si je ne prenais pas ces médicaments ? » Il me répondit : « Vous allez souffrir. » Je rétorquai : « C’est tout ? » Il me dit : « Oui. » Alors je lui ai dit : « Dans ce cas, cela ne sert à rien de me prescrire ces médicaments ; je préfère simplement souffrir. »
Il sembla que cette remarque ait complètement sidéré le médecin ; il me demanda : « Mais d’où diable vous vient une idée pareille ? »
Il se trouvait que j’avais dans ma valise un petit livre — *La Méditation bouddhiste* — que j’étais en train de lire et qui traitait du sujet de la peur.
Apparemment, je l’avais tellement effrayé qu’il poussa un hurlement — si fort, même, que l’agent de sécurité et sa secrétaire accoururent pour voir ce qui se passait. Le médecin me lança alors : « Hors de ma clinique ! »
Je m’empressai de sortir sur-le-champ, oubliant d’emporter mes béquilles. J’avais été conduit là ce jour-là par un chauffeur de mon entreprise, qui n’avait pas compris le moindre mot de ce qui venait de se produire.
Nous avons ri tout au long du trajet du retour, et je suis allé directement au travail.

Un mois plus tard, lorsque je me suis souvenu des béquilles, j’ai demandé au chauffeur d’aller les récupérer pour moi. À notre grande stupéfaction, nous avons appris par le gardien de sécurité que le docteur était retourné au Canada — ce même pays qu’il avait quitté à cette époque où des professionnels de tous horizons affluaient vers le pays, portés par la rumeur selon laquelle la démocratie battait son plein.
Était-ce dû à l’embargo paralysant alors en vigueur, ou bien est-ce un acte de ma part qui avait précipité le départ soudain du docteur ?

Car lorsqu’il m’a demandé : « Où avez-vous trouvé les informations que vous citez ? » — et que j’ai produit le petit livre — ce fut le moment précis où il a paniqué ; c’était comme si, d’une certaine manière, j’avais transféré ma propre douleur sur lui, parce que jusqu’à présent, je n’ai plus ressenti cette douleur .

 

2 commentaires

  1. On dirait que le docteur a eu plus peur du petit livre que toi de ta propre douleur !😄

    Parfois, la meilleure façon de vaincre la peur, c’est simplement de la regarder droit dans les yeux. Toi, tu l’as fait avec ton livre… et lui, il a préféré prendre le premier vol pour le Canada ! ✈️
    Comme quoi, affronter la peur peut guérir certaines douleurs… mais apparemment, ça peut aussi en donner à d’autres ! 😉

  2. Est-ce la raison pour laquelle je n’écoute pas les informations à la radio — qui n’a jamais servi à apporter la sérénité au public —, et encore moins ces professionnels qui prétendent diffuser la « Bonne Nouvelle » au sein de leurs institutions, mais qui brandissent au contraire un pouvoir négatif (qu’ils affublent de tous les noms imaginables) afin de terrifier les fidèles qui se sont aventurés à franchir le seuil de leurs « Églises » — des lieux où Dieu apparaît plus malveillant encore que le Diable lui-même, qu’ils désignent pourtant comme l’entité à fuir, sous peine d’attirer sur soi la colère divine ?
    Alors, fuyons les pour ne pas cultiver la peur chez nous.

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