LA TRILOGIE DE L’HOMME INTÉRIEUR ou TRILOGIE INITIATIQUE

CHAPITRE — LE MARGINAL
La Controverse Résolue**
Il existe, dans la conscience d’un peuple, des zones d’ombre que l’histoire officielle ne parvient jamais à dissiper.
Elles persistent, elles résistent, elles dérangent.Et parfois, un homme un seul ose les regarder en face.
Cet homme, on le nomme le marginal.
Non parce qu’il vit en marge, mais parce qu’il refuse de se laisser engloutir par les illusions collectives. Je suis l’un de ceux-là.
  1. La lucidité comme héritage
Mon esprit n’a jamais voulu accepter certains faits relatifs à l’histoire de mon pays natal.
Il y a longtemps que je ressens, au plus profond de moi, une résistance instinctive à certaines versions arrangées, comme si une voix intérieure me disait :
« Ce n’est pas ainsi que les choses se sont réellement passées. »
J’ai d’ailleurs rédigé un texte sur les arcanes haïtiens, ces zones interdites où la vérité a été ensevelie sous des couches de récits fabriqués.
Ces arcanes doivent être reconstitués, non pour provoquer, mais pour libérer.
Cette lucidité, je ne la dois ni à l’école ni à la société.
Je la dois à la méditation, à ce dialogue silencieux avec mes ancêtres, à cette capacité de sonder les archives invisibles de l’âme.
Une société à l’approche éducative servile ne m’aurait jamais permis de saisir ces perspectives.
C’est pourquoi j’aime citer les versets 8 à 12 du chapitre 8 du Livre de Job.
Ils nous rappellent que la sagesse véritable ne vient pas des institutions, mais des générations passées, de leurs luttes, de leurs erreurs, de leurs victoires.
Le marais dont parle Job, c’est la mémoire.
Ce sont les archives.
Ce sont les ancêtres.
Sans eux, le roseau se dessèche.
Sans eux, l’homme perd sa direction.
  1. L’école qui n’enseigne pas
L’école devrait nous faire grandir en âge et en sagesse.
Mais la formule adoptée par la société consiste à nous aliéner, à nous rendre dociles, à nous préparer à devenir les proies d’âmes malveillantes et ténébreuses qui cherchent dans la lumière des autres, ce qu’elles ont perdu dans leur propre existence terrestre.
Ainsi, au lieu d’élever, on conditionne.
Au lieu de libérer, on enchaîne.
Au lieu d’éclairer, on obscurcit.
III. Haïti : le cycle des forces obscures
 Haïti, terre de révolutions sans fin où les mêmes scénarios se répètent inlassablement.
Dans ma jeunesse, il y avait les Tontons Macoutes, qui défiaient le reste de la société.
Plus tard sont apparus les Chimères et les Zenglendos.
Aujourd’hui, ce sont des bandes armées qui contestent les forces établies.
Et qui en paie le prix ?
Toujours les mêmes :
Qui sont  ceux qui se font justice ? Les démunis, les mal chaussés, les oubliés.
Pourquoi sont-ce toujours eux qui tiennent le reste de la société en échec ?
Pourquoi les forces les plus pauvres deviennent-elles les plus redoutables ?
La réponse n’est pas sociologique.
Elle est spirituelle.
Elle est karmique.
Elle est inscrite dans les lois invisibles de cette terre.
  1. Les interventions étrangères et l’illusion du secours , nous avons été témoins de tant d’interventions de nations amies, venues (nous aider) à nous réconcilier avec nous-mêmes.
Notre plus grand voisin nous a même occupés pendant deux décennies, pour finalement nous laisser dans une misère encore plus grande.
L’ONU, malgré son armement sophistiqué, est a chaque fois repartie bredouille.
Aucune force humaine n’a jamais réussi à imposer sa volonté sur cette terre.
Pourquoi ?
Parce que la Providence ne se laisse vaincre par aucune puissance terrestre.
Parce que les lois divines prévaudront toujours.
Parce que les griefs enregistrés sur cette terre doivent être réglés jusqu’à la quatrième génération.
  1. Les héros, les ancêtres… et nous-mêmes
Ceux que nous appelons nos héros ou nos ancêtres ne sont autres que nous-mêmes , revenant encore et encore pour poursuivre notre chemin, les uns en tant que vengeurs, les autres en tant que victimes, tous liés par un même cycle de réparation.
Une question m’a toujours hanté :
Comment des combattants pieds nus, sans entraînement, ont-ils pu vaincre des maîtres mieux armés et mieux préparés ?
La réponse est simple :
Ils n’étaient pas seuls.
Ils étaient portés.
Ils étaient guidés.
Ils étaient investis d’une mission qui dépassait leur propre existence
  1. Les noms taïnos : la vibration perdue
Quand je parle d’arcanes à reconstruire, il ne s’agit pas seulement de dénoncer les âmes malveillantes.
Il s’agit aussi de changer les noms méprisants que les colons ont imposés à notre terre.
Dans le pays voisin, la République dominicaine, les noms taïnos sont restés.
Ils vibrent encore.
Ils nourrissent l’âme du territoire.
Ils lui donnent une continuité, une identité, une mémoire.
Barahona.
Higüey.
Jaragua.
Maguá.
Marién.
La Vega.
Puerto Plata.
Xaragua.
Santiago de los Caballeros.
Ces noms sont des racines.
Des ancres.
Des forces.
Et nous, qu’avons-nous fait ?
Nous avons accepté des noms humiliants, dégradants, imposés par ceux qui voulaient nous réduire: Trou Cochon, Trou Bonbon , Sale Trou.
VII. La honte de nommer les nôtres. Oui j’ai  honte de nommer les nôtres.
Honte de voir comment certains dirigeants ont trahi la mission sacrée qui leur avait été confiée.
Honte de constater que, parmi tant de présidents, un seul — oui, un seul — a eu la noblesse de transformer Sale Trou en Belle-Anse.
Un geste simple.
Un geste lumineux.
Un geste qui disait :
« Je refuse que la laideur soit notre héritage. »
VIII. La controverse comme deliverance
J’espère que les historiens ne me tiendront pas rigueur de cette controverse.
Mais je crois qu’elle libérera bien des esprits — comme le mien — pour qui le moment de vérité n’était pas encore arrivé.
Car il faut parfois un marginal pour dire ce que la majorité n’ose même pas penser.
Il faut un marginal pour briser le cercle.
Il faut un marginal pour ouvrir la brèche.
Et si je suis marginal, c’est parce que je refuse de me soumettre à la version confortable des choses.
Je préfère la vérité nue, même lorsqu’elle dérange.

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