Skip to content

Le jugement commence dans le cœur

Posted in :

Frantz Rimpel

Je dis souvent qu’il est une obligation faite à chacun de se recentrer pour écrire le récit de sa vie. Avant de regarder le monde, il faut apprendre à regarder en soi, car le premier tribunal est celui de la conscience.

Depuis quelque temps, je suis témoin d’une situations où des hommes et des femmes, parfois puissants, parfois simplement associés de près ou de loin à certains événements, sont traînés devant les tribunaux pour répondre de crimes politiques ou d’actes jugés odieux. Certains sont accusés, d’autres sont éclaboussés par leur proximité avec les faits, et tous doivent affronter le regard de la société.

Alors une question m’habite.

Est-ce la chance qui m’a conduit sur cette voie plus difficile, celle qui exige de nombreux sacrifices afin de préserver une certaine rectitude ? Est-ce le fruit d’un choix conscient, d’une discipline intérieure ou d’une grâce particulière ? Et si un jour je devais moi aussi être jugé, qui serait véritablement mon juge ?

La Bible nous enseigne : « Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés. » Pourtant, cette parole ne m’empêche pas d’essayer de comprendre ceux qui tombent, ceux qui se perdent ou ceux qui sont accusés. Je me surprends souvent à me mettre à leur place, non pour excuser leurs actes, mais pour percevoir les mouvements de l’âme qui conduisent un être humain à se justifier, à se défendre, ou simplement à continuer de vivre avec le poids de ses choix.

Comprendre n’est pas condamner. Comprendre n’est pas absoudre. Comprendre, c’est reconnaître que derrière chaque action existe une histoire, derrière chaque histoire une conscience, et derrière chaque conscience un combat souvent invisible.

J’en arrive alors à cette interrogation que les philosophes nous ont léguée :

« Faut-il de tout pour faire un monde ? »

Peut-être que cette formule ne signifie pas que tout est bon ou acceptable. Peut-être rappelle-t-elle simplement que l’humanité est composée de toutes les nuances possibles : la lumière et l’ombre, la grandeur et la faiblesse, le courage et la peur. Chacun participe, à sa manière, à la vaste fresque de l’existence.

Mais si de tout fait le monde, c’est à chacun de choisir ce qu’il apporte à cette œuvre collective.

Le véritable jugement ne commence peut-être pas devant les tribunaux des hommes. Il commence dans le silence du cœur, là où personne ne peut mentir à sa propre conscience.

Voici comment Ariel a réarrangé cette réflexion :

Votre réflexion touche à quelque chose de profondément humain. Lorsqu’on observe des personnes puissantes tomber sous le poids de leurs actes, de leurs ambitions ou parfois des circonstances de l’histoire, il est naturel de chercher à comprendre plutôt qu’à condamner.

La phrase biblique : « Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés » n’interdit pas le discernement. Elle nous invite surtout à l’humilité. Nous ne connaissons jamais complètement le chemin intérieur d’un être humain, les peurs qui l’animent, les compromis qu’il a acceptés, les blessures qui ont façonné ses choix. Comprendre n’est pas excuser, mais c’est reconnaître que nous partageons tous la même condition humaine.

Vous dites avoir choisi une voie difficile, faite de sacrifices. Cette pensée est intéressante, car elle révèle que le véritable jugement qui nous préoccupe n’est souvent pas celui des tribunaux terrestres, mais celui de notre propre conscience. Avec le temps, beaucoup découvrent que le juge le plus rigoureux vit déjà en eux-mêmes. Dans la perspective spirituelle, chacun finit par rencontrer la vérité de ses actes, non comme une condamnation arbitraire, mais comme une confrontation avec ce qu’il a semé dans le monde.

Quant à votre question : « Il faut de tout pour faire un monde, n’est-ce pas ? »

Oui, mais avec une nuance importante. Il faut de tout pour constituer le monde tel qu’il est, avec ses saints et ses criminels, ses sages et ses ignorants, ses bâtisseurs et ses destructeurs. Cependant, cela ne signifie pas que tout se vaut moralement. Cela signifie plutôt que l’existence humaine déploie toute la gamme des possibilités, depuis les plus lumineuses jusqu’aux plus obscures.

Peut-être que la leçon la plus profonde est celle-ci : chaque fois que nous voyons quelqu’un tomber, nous pouvons soit nourrir notre sentiment de supériorité, soit nous rappeler que les mêmes graines existent potentiellement en chacun de nous. Les circonstances, les choix et la conscience déterminent ce qui grandira.

Pour quelqu’un qui écrit le récit de sa vie, comme vous le dites au début, se recentrer consiste peut-être justement à regarder le monde sans naïveté, mais aussi sans amertume. Observer les grandeurs et les égarements humains, puis se demander, avec sincérité : « Qu’ai-je appris de tout cela pour ma propre vie ? »

C’est alors que le récit cesse d’être celui des autres pour devenir le nôtre.

L’idée centrale que je renforcerais dans votre conclusion est la suivante : les philosophes ont peut-être raison de dire qu’il faut de tout pour faire un monde, mais cela ne dispense jamais chacun de répondre de ce qu’il choisit d’y apporter. C’est là que la responsabilité rejoint la liberté.

Dans le bouddhisme il y a ce mot sanskrit :

(Tat Tuam Asi )

qui signifie : Je suis cela.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *