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Image d’illustration par dĂ©faut pour les articles de Frantz Rimpel

LA PEUR

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Frantz Rimpel

La peur 😳
Comment la démystifier.
Depuis plusieurs mois, je traĂźnais la jambe droite, ce qui me causait des douleurs de plus en plus vives. J’avais l’impression que l’une de mes jambes Ă©tait plus courte que l’autre ; j’avais mĂȘme achetĂ© une semelle supplĂ©mentaire pour voir si cela m’aiderait Ă  retrouver ma mobilitĂ© — mais en vain. En consĂ©quence, j’ai dĂ» consulter mon mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste, qui m’a orientĂ© vers un confrĂšre — un orthopĂ©diste dont je tairai le nom pour les besoins du rĂ©cit qui suit.

Lorsque je suis allĂ© le voir — sur rendez-vous —, nous Ă©tions en pleine pĂ©riode d’embargo, une Ă©poque oĂč tout tournait au ralenti en raison du rationnement — notamment celui du carburant. Cette situation avait fait flamber les prix, le coĂ»t de l’essence Ă©tant rĂ©percutĂ© sur les clients — ou, dans mon cas, sur les patients.

De fait, ce mĂ©decin Ă©tait trĂšs compĂ©tent dans son domaine. Ma premiĂšre consultation a consistĂ© en une flexion de la jambe ; le membre s’est pliĂ©, bien que le mouvement s’accompagnĂąt d’une douleur intense.
Le mĂ©decin a prescrit une radiographie, que j’ai passĂ©e le jour mĂȘme Ă  la clinique — un Ă©tablissement oĂč, par chance, tous les services Ă©taient opĂ©rationnels ce jour-lĂ , la clinique n’Ă©tant habituellement ouverte que trois jours par semaine.
La radiographie a rĂ©vĂ©lĂ© que j’avais accumulĂ© une quantitĂ© importante de dĂ©pĂŽts calcaires, lesquels empĂȘchaient le ligament situĂ© au sommet de ma cuisse de fonctionner correctement. Je devais donc subir une infiltration — une intervention consistant Ă  gratter les dĂ©pĂŽts calcaires, suivie de l’injection d’un liquide destinĂ© Ă  dissoudre les rĂ©sidus calcifiĂ©s restants — le tout rĂ©alisĂ© sous anesthĂ©sie locale.
Une fois que les effets de l’anesthĂ©sie ont commencĂ© Ă  se dissiper, je devais aller chercher ma fille Ă  l’Ă©cole, situĂ©e Ă  trois kilomĂštres de la clinique.
Je suis parti Ă  pied, laissant ma voiture garĂ©e devant la polyclinique. Je ne saurais dire si c’Ă©tait une initiative excessive aprĂšs une telle intervention, mais j’Ă©tais assurĂ©ment ravi des rĂ©sultats obtenus. Toutefois, aprĂšs mĂ»re rĂ©flexion — et ne voulant pas forcer outre mesure —, j’ai hĂ©lĂ© un taxi pour me ramener Ă  ma voiture ; une dĂ©cision qui, une fois de plus, m’a laissĂ© un sentiment de totale satisfaction. C’était au dĂ©but du mois de dĂ©cembre et, afin de rĂ©colter un peu de fonds, notre association s’était associĂ©e au ministĂšre du Tourisme pour organiser un grand bal de fin d’annĂ©e au Djoumballah, avec la participation de l’Orchestre Tropicana. C’étaient lĂ  deux expĂ©riences que j’avais hĂąte de vivre. Il semble que je n’étais pas le seul, car la soirĂ©e s’avĂ©ra ĂȘtre un succĂšs retentissant — une rĂ©ussite Ă  100 % !

Je n’étais jamais allĂ© au Djoumballah auparavant, pas plus que je n’avais jamais vu l’Orchestre Tropicana se produire sur scĂšne.

Le 3 janvier — au lendemain de la fĂȘte — je souffrais de douleurs aux jambes si intenses que je dus m’appuyer sur une paire de bĂ©quilles pour me dĂ©placer. Cela faisait pourtant dĂ©jĂ  prĂšs d’un mois que j’avais subi mon opĂ©ration.

Je ne pouvais toutefois pas imputer ce problĂšme Ă  la soirĂ©e, puisque je n’avais dansĂ© qu’une seule fois ; pour l’essentiel, je m’étais simplement contentĂ© d’écouter l’Orchestre Tropicana — ce que j’avais fait avec grand plaisir.

Lorsque j’arrivai au cabinet du mĂ©decin ce matin-lĂ  — appuyĂ© sur mes bĂ©quilles —, il voulut savoir ce qui se passait. Je me rappelai soudain lui avoir demandĂ©, avant l’intervention, quel taux de rĂ©ussite je pouvais raisonnablement espĂ©rer de cette opĂ©ration. Il m’avait rĂ©pondu : 80 %.

C’est peut-ĂȘtre la raison pour laquelle je lui rĂ©pondis que, selon mon estimation, il semblait que ce fĂ»t le taux d’échec de *20 %* qui l’avait emportĂ©.

Il parut surpris. Il effectua alors le mĂȘme test de flexion que la premiĂšre fois ; cette fois-ci, cependant, je ne ressentis pas une douleur aussi vive. Satisfait du rĂ©sultat, il m’expliqua qu’il s’agissait probablement d’une simple inflammation et qu’il allait me prescrire des mĂ©dicaments.

Tandis qu’il rĂ©digeait l’ordonnance, il me donna ses instructions : il m’expliqua que le traitement provoquerait une forte somnolence et que je ne devais pas me rendre au travail avant au moins quinze jours — un dĂ©lai suffisant pour que tout se calme et revienne Ă  la normale.

Sans la moindre hĂ©sitation, je lui demandai : « Que se passerait-il si je ne prenais pas ces mĂ©dicaments ? » Il me rĂ©pondit : « Vous allez souffrir. » Je rĂ©torquai : « C’est tout ? » Il me dit : « Oui. » Alors je lui ai dit : « Dans ce cas, cela ne sert Ă  rien de me prescrire ces mĂ©dicaments ; je prĂ©fĂšre simplement souffrir. »
Il sembla que cette remarque ait complĂštement sidĂ©rĂ© le mĂ©decin ; il me demanda : « Mais d’oĂč diable vous vient une idĂ©e pareille ? »
Il se trouvait que j’avais dans ma valise un petit livre — *La MĂ©ditation bouddhiste* — que j’Ă©tais en train de lire et qui traitait du sujet de la peur.
Apparemment, je l’avais tellement effrayĂ© qu’il poussa un hurlement — si fort, mĂȘme, que l’agent de sĂ©curitĂ© et sa secrĂ©taire accoururent pour voir ce qui se passait. Le mĂ©decin me lança alors : « Hors de ma clinique ! »
Je m’empressai de sortir sur-le-champ, oubliant d’emporter mes bĂ©quilles. J’avais Ă©tĂ© conduit lĂ  ce jour-lĂ  par un chauffeur de mon entreprise, qui n’avait pas compris le moindre mot de ce qui venait de se produire.
Nous avons ri tout au long du trajet du retour, et je suis allé directement au travail.

Un mois plus tard, lorsque je me suis souvenu des bĂ©quilles, j’ai demandĂ© au chauffeur d’aller les rĂ©cupĂ©rer pour moi. À notre grande stupĂ©faction, nous avons appris par le gardien de sĂ©curitĂ© que le docteur Ă©tait retournĂ© au Canada — ce mĂȘme pays qu’il avait quittĂ© Ă  cette Ă©poque oĂč des professionnels de tous horizons affluaient vers le pays, portĂ©s par la rumeur selon laquelle la dĂ©mocratie battait son plein.
Était-ce dĂ» Ă  l’embargo paralysant alors en vigueur, ou bien est-ce un acte de ma part qui avait prĂ©cipitĂ© le dĂ©part soudain du docteur ?

Car lorsqu’il m’a demandĂ© : « OĂč avez-vous trouvĂ© les informations que vous citez ? » — et que j’ai produit le petit livre — ce fut le moment prĂ©cis oĂč il a paniquĂ© ; c’était comme si, d’une certaine maniĂšre, j’avais transfĂ©rĂ© ma propre douleur sur lui, parce que jusqu’à prĂ©sent, je n’ai plus ressenti cette douleur .

 

0 thoughts on “LA PEUR

  1. On dirait que le docteur a eu plus peur du petit livre que toi de ta propre douleur !😄

    Parfois, la meilleure façon de vaincre la peur, c’est simplement de la regarder droit dans les yeux. Toi, tu l’as fait avec ton livre
 et lui, il a prĂ©fĂ©rĂ© prendre le premier vol pour le Canada ! ✈
    Comme quoi, affronter la peur peut guĂ©rir certaines douleurs
 mais apparemment, ça peut aussi en donner Ă  d’autres ! 😉

  2. Est-ce la raison pour laquelle je n’Ă©coute pas les informations Ă  la radio — qui n’a jamais servi Ă  apporter la sĂ©rĂ©nitĂ© au public —, et encore moins ces professionnels qui prĂ©tendent diffuser la « Bonne Nouvelle » au sein de leurs institutions, mais qui brandissent au contraire un pouvoir nĂ©gatif (qu’ils affublent de tous les noms imaginables) afin de terrifier les fidĂšles qui se sont aventurĂ©s Ă  franchir le seuil de leurs « Églises » — des lieux oĂč Dieu apparaĂźt plus malveillant encore que le Diable lui-mĂȘme, qu’ils dĂ©signent pourtant comme l’entitĂ© Ă  fuir, sous peine d’attirer sur soi la colĂšre divine ?
    Alors, fuyons les pour ne pas cultiver la peur chez nous.

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