Situations du monde après la crise COVID-19
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Au lendemain de la crise, les questions politiques seront donc nombreuses. Quels régimes seront perçus comme ayant bien géré la crise ? Quelle transition mettre en œuvre pour revenir des mesures d’exception à la vie normale ? S’ils n’ont pas réussi à agir à l’unisson pendant la crise sanitaire, quelle crédibilité auront les régimes démocratiques pour gérer d’autres crises comme le défi climatique ou la question migratoire ?
Et, si les égoïsmes nationaux dominent pendant la gestion de la crise sanitaire, comment empêcher ensuite la vague des populismes nationaux de tout emporter sur son passage ? Aussi, la coopération internationale n’est-elle pas seulement un élément d’une gestion efficace de la crise, elle est une condition de la survie démocratique au sortir de celle-ci.
*Sans doute entrons nous dans un autre monde*
_*Une autre économie : le retour des régulations ?*_
La période actuelle est celle du désordre et la question se pose évidemment de savoir dans quelle direction nous nous orienterons lorsque la crise sanitaire sera jugulée. Au cours des trente dernières années, la cause était entendue. Nous assistions à la victoire sans partage du libéralisme économique dans la ligne de la fin de l’histoire de Francis Fukuyama (25). Mais ceux qui portent sur l’histoire le regard de la longue durée trouvent aujourd’hui matière à revenir sur l’idée que le libéralisme l’a définitivement emporté. La leçon donnée, il y a trois quarts de siècle, par Karl Polanyi (26) est que le libéralisme économique est une phase de désorganisation entre deux périodes plus régulées. Celui-ci s’affirme périodiquement, comme une parenthèse, jusqu’à ce que, chaque fois la nécessité de nouvelles régulations s’impose parce que les phénomènes économiques ne sont pas indépendants du reste de l’évolution de la société.
En 150 ans, nous avons connu trois grands cycles de régulation du capitalisme. Celle qui, issue du XIXème siècle, s’achève avec la Première Guerre mondiale. Elle cède la place à une autre régulation fondée sur la production de masse dans un monde taraudé par la renaissance des nationalismes et habité par la construction de la démocratie. Et puis, une troisième phase est venue car, contrairement à ce qu’envisageait Polanyi, le marché ne s’est pas effondré avec la crise de 29 ni au sortir de la Seconde Guerre mondiale. C’est qu’après 1945, la généralisation de l’État providence, l’émergence de la domination américaine et l’effacement du fascisme ont façonné les nouvelles régulations des décennies suivantes. Vers la fin des années 70, une nouvelle rupture s’est amorcée. Elle touche aussi bien le monde de la production, les idées politiques que la scène internationale. L’émergence des technologies de l’information, la vague libérale du refus de l’impôt, puis l’effondrement du communisme annoncent la fin de la période sociale-démocrate.
Ainsi, nous connaissons depuis près de deux siècles une succession de phases organiques au cours desquelles un mode d’organisation de l’économie et de la société domine et des phases critiques pendant lesquelles ces régulations s’essoufflent puis s’évanouissent, pour céder la place à d’autres. La dernière grande régulation collective a été celle de l’État providence. Qu’elle se soit épuisée ne fait plus de doute. Et malgré un léger balbutiement au lendemain de la crise des « subprimes », rien n’est venu la remplacer.
Entre ces phases de régulation, les anciens schémas se délitent, l’organisation collective recule, les individualismes retrouvent droit de cité. Jusqu’à ce qu’un choc massif permette à l’histoire de reprendre ses droits et que les hommes sculptent les charpentes de la société nouvelle. Ce sont de telles charpentes qu’il nous faut rebâtir aujourd’hui.
Ces régulations n’épargnent aucune des activités humaines, mais au-delà de l’espace classique de la coopération économique, il y a plusieurs domaines où la nécessité de la régulation s’impose.
