LA MEDECINE, C’EST QUOI ?

Victoire ! Le dimanche de Pâques, mon patient partagea un repas chez moi — et ce, au lendemain d’une merveilleuse fête de retour a la vie je dirais, organisée en son honneur par sa famille et ses amis à l’hôtel.

Comment y suis-je parvenu ?

« Il faut savoir d’où l’on part pour savoir où l’on va. »

— Comme le dit un proverbe créole.

Mon patient qui ne voyait que des défunts, je pris à son égard une décision radicale lorsqu’il me confia avoir aperçu le frère de la propriétaire qui était à l’hôtel il n’y a pas trop longtemps, parce qu’il était venu spécialement pour les funérailles et la messe, il était reste quelque temps en plus peut être pour faire son deuil.  Alors même que ce dernier venait tout juste de regagner les États-Unis, où il résidait.

Pour la première fois depuis son effondrement, il m’a parlé d’une personne vivante ; j’ai cru que nous étions enfin tirés d’affaire. J’ai voulu le faire parler au monsieur dont il venait de prononcer le nom — le faire engager une brève conversation avec lui.  Le téléphone a sonné sans réponse ; je suis tombé sur la messagerie vocale. J’ai rappelé deux autres fois, à intervalles réguliers, et le résultat fut identique. J’ai donc appelé un ami proche de ce monsieur — qui résidait à Washington — sachant qu’il l’appelait chaque jour et suivait ses allées et venues. A mon grand étonnement, il m’a dit que lui non plus n’avait reçu de réponse de sa part depuis deux jours. En conséquence, agissant de concert, nous avons résolu d’appeler le 911 pour savoir ce qui se passait. Je lui ai expliqué comment mon patient — qui « voyait que des morts » — avait vu ce monsieur venir lui apporter des vitamines, une habitude qu’il observait fidèlement à chacune de ses visites.

Mais à ma grande surprise, comme un couperet la nouvelle est tombée : Le monsieur en question avait été retrouvé mort à son domicile — et ce, apparemment, depuis trois jours.

À cet instant, je me suis dit : s’il parvenait à voir une personne *récemment* décédée, c’est qu’il était sur le point de se rétablir. J’ai donc décidé de lui administrer 100 milligrammes du médicament — alors que, jusque-là, je ne lui en donnais que 25 — passant ainsi outre les instructions du psychiatre. De mèche avec mon infirmière improvisée, je lui ai expliqué ce que je comptais faire et pourquoi ; nous nous sommes mis d’accord sur la marche à suivre, car je prévoyais qu’il dormirait au moins deux jours. Son rôle consistait à le retourner de temps à autre, à changer sa couche, à assurer son hygiène de base et à lui donner de l’Ensure (Un lait multivitaminé) chaque fois qu’il bâillait — une réserve dont, soit dit en passant, je disposais en abondance.

Chose dite fut faite.

Mon patient avait dormi pendant deux jours sans se réveiller ; le Vendredi saint fut le grand jour.

À huit heures du matin, j’arrivai au travail et me dirigeai directement vers la cuisine du petit-déjeuner ; je demandai qu’on me prépare une cafetière de café chaud au lait sucre a point, accompagnée d’une grande tasse. J’entrai dans la chambre où il dormait encore profondément ; je le réveillai — non sans grand difficulté — et l’aidai à s’asseoir sur le lit, demandant à l’infirmière de lui soutenir le dos afin qu’il ne retombe pas a la renverse.       Je lui tendis une tasse de café qu’il but et — comme par magie — il ouvrit grand les yeux et me dit, de sa belle voix : « Ce café est bon, Papa. Pourrais-je en avoir une autre tasse ? » Je répondis : « Avec plaisir », et je le resservis aussitôt.

Il demanda alors à la jeune femme : « Pourquoi me retenez-vous ainsi ? »

C’est ainsi que nous engageâmes la conversation — une conversation plus ou moins cohérente et lucide. Il ne me parlait plus des « fantômes » qui l’avaient tourmenté. Tels que sa mère qui lui servait a manger et son père qui voulait le battre et beaucoup d’autres histoires que les plus futés materaient sur le compte d’hallucination,

Ma jeune infirmière et moi étions absolument comblés de joie.

Il voulut se rendre aux toilettes, mais il était trop faible pour une telle entreprise — bien que les toilettes ne fussent qu’à quelques pas, là, dans la chambre même.

Il commença à poser des questions sur ce qui lui était arrivé et sur la raison pour laquelle il portait une couche. Je lui promis de tout lui expliquer plus tard dans la journée, car je devais me rendre à mon bureau tout content de mon exploit.

Plus tard, je fis préparer pour lui un repas léger — un bol de soupe — car je ne voulais pas, pour l’instant, surcharger son organisme avec quelque chose de trop lourd ou de trop complexe.

Avant de partir ce soir-là, je revins pour lui fournir quelques explications, mais je remarquai qu’il présentait encore de légères traces de ses cauchemars. Il me dit qu’une petite fille jouait toujours du piano. Je lui demandai : « Entends-tu la musique ? » Il répondit : « Non. » Je poussai un soupir de soulagement, car dans son cas, entendre la « musique des sphères » se serait avéré dangereux. Il me dit : « Attention ! Il y a un homme avec un couteau derrière toi qui veut te poignarder. » Je répondis : « Ne vous inquiétez pas ; il ne peut rien me faire. »  Ce genre de réponse que je lui donnais à chaque fois qu’il me racontait ses échappées dans le monde invisible.

Il sembla que ce fût là sa dernière lueur de délire. Puis, nous nous mîmes à parler normalement. Ses yeux croisèrent les miens avec une clarté naturelle que je n’avais pas vue depuis bien longtemps.

Le lendemain, samedi d’eau bénite, Je lui apportai une soupe au potiron faite maison. Il en fut ravi et, à cet instant précis, je vis revenir l’homme que je connaissais.

Au cours de notre conversation, il me demanda qui avait été le plus affecté par sa maladie. Je lui expliquai que les membres de sa famille et ses amis — ceux qui étaient venus lui rendre visite tout au début, mais qui n’avaient pu supporter d’être témoins de sa descente aux enfers — avaient cessé de venir. Cela m’arrangeait d’ailleurs assez bien, car ils étaient tous repartis profondément bouleversés et ne me rendait la tâche facile car je devais savoir qui autorise ou non à le voir.

Un seul membre de la famille, le mari de l’une de ses nièces — m’appelait régulièrement pour prendre des nouvelles de son état.

Il me demanda de l’appeler pour lui faire un brin de causette.  Je m’exécutai, lui tendant le téléphone sans dire un mot moi-même. Lorsque le gentleman à l’autre bout du fil entendit sa voix, il en fut stupéfait ; apparemment, aucun membre de la famille n’avait gardé le moindre espoir de le voir guérir. Il lui dit : « Pourriez-vous me passer M. Rimpel ? » C’était un homme politique de haut rang, un monsieur distingué, qui savait observer les règles de la bienséance.

Il me dit alors : « M. Rimpel… ne me dites pas que je suis bel et bien en train de parler avec *lui* ? » Je répondis : « Oui, c’est bien lui. » Je rendis le téléphone à mon patient, qui remercia son interlocuteur d’avoir été là pour lui. Ils bavardèrent de tout et de rien, et l’organisation d’une fête de « retour à la vie » fut programmée pour l’après-midi même ; amis et famille affluèrent, me témoignant eux aussi leur gratitude.

Il m’a demandé, même la belle docteure qui faisait les séances de massages pour moi m’avais aussi larguée ? Je lui ai dit que c’était de ma faute, c’était pour préserver son intimité a lui.

Il m’a demandé de la lui passer au téléphone, ce que j’ai fait, Vous vous souvenez que je vous avais dit qu’il était frivole ?  Il a commencé sa conversation ainsi : Comment vas-tu chérie ?

La gériatre étonnée d’entendre une voix familière, mais prise au dépourvu, elle a demandé, avec qui j’ai l’honneur de parler ? Il a donné son nom. La jeune femme ne pouvant pas croire ses oreilles avant de commencer à lui parler, elle a fait exactement ce que le premier interlocuteur avait fait, elle lui a dit : Puis-je parler a monsieur Rimpel SVP, il m’a repassé le téléphone, pour m’entendre dire : Monsieur Rimpel, ne me dites pas que c’avec le Docteur untel que je parle là ? je lui ai confirmé que c’était bien ça , sans réfléchi elle m’a dit : Monsieur Rimpel, J’ai pas mal de cas similaires , pouvez-vous m’aider avec. Je lui ai répondu que cette guérison est le fruit d’un amour sincère qui s’est développé dans le temps. Que seuls les parent amis et familles peuvent arriver à faire en collaborations avec vous. Elle avait très bien compris, c’est ce que mon livre suggère aussi.

N’était-ce le tremblement de terre du 12 janvier 2010 — qui finit par lui coûter la vie —, mon patient serait sans doute encore parmi nous aujourd’hui, car c’était un homme d’une constitution robuste.

1 commentaire

  1. Ce commentaire fait office de suite à l’histoire — une série d’événements qui m’avaient, jusqu’alors, échappé.
    En ce dimanche de Pâques,
    après avoir savouré un copieux dîner — un repas qu’il avait animé avec son entrain habituel — mon patient et moi nous sommes installés ensemble. C’était un festin de choix, bien que la liste des invités fût des plus exclusives : il n’y avait que lui, ma femme et moi-même. Nous avions délibérément choisi de n’inviter personne d’autre, souhaitant le mettre davantage à l’aise afin de pouvoir poursuivre sa thérapie.
    Pour assurer encore mieux son confort — tout particulièrement au moment du dessert, un instant qu’il affectionne et pour lequel nous avions préparé une douceur spéciale — je lui suggérai de nous retirer au salon.
    Cela semblait une initiative opportune, car notre conversation commençait à prendre une tournure politique — un sujet sur lequel il tenait absolument à rester parfaitement informé.
    Comme guidé par une force invisible, je me sentis inspiré de lui tendre un livre détaillant les grandes réalisations de la présidence de Magloire. À notre stupéfaction la plus totale, il se révéla incapable de lire ; lorsque je le pressai d’essayer — allant même jusqu’à l’aider à déchiffrer une seule phrase — sa tête bascula soudain sur le côté et il se mit à ronfler.
    Ma femme, accompagnée de Chantale — mon infirmière, qui venait de terminer son propre repas dans l’office — me rejoignit alors dans une petite pièce attenante qui nous servait de salon familial.
    Ensemble, nous nous efforcions de donner un sens à la révélation dont nous venions d’être témoins.

    Car, si notre patient s’était montré jusque-là incapable de marcher — nécessitant l’aide conjointe d’une canne et d’un accompagnateur pour soutenir son poids —
    une autre grande surprise nous attendait désormais. Nous le vîmes s’approcher de nous, totalement sans assistance et sans la moindre hésitation, demandant simplement où il pourrait trouver des toilettes.
    Je me précipitai à ses côtés pour lui offrir mon aide, car il avait déjà parcouru une distance considérable, du salon jusqu’à l’endroit où nous nous tenions.
    Une fois arrivé aux toilettes, il parvint à se dévêtir entièrement sans aide ; je me retirai alors discrètement pour lui préserver son intimité.
    Je l’attendis dans ma chambre, qui se trouvait être la pièce jouxtant les toilettes qu’il utilisait. Je l’entendis alors me lancer jovialement : « Rim » — c’était le surnom qu’il employait habituellement pour s’adresser à moi. Il dit : « Donne-moi des sous-vêtements pour que je puisse retirer cet accoutrement de bébé. » Je m’exécutai, car je vis qu’il avait repris le contrôle sur ce point.
    Lorsqu’il réapparut, il vint s’asseoir avec nous et me demanda de lui faire un rapport complet — du début à la fin — sur son état, étape par étape. Je lui dressai un bilan exhaustif et lui racontai comment il avait oublié la lecture — tout en ajoutant que nous ferions un nouvel essai une fois de retour chez lui, plus tard dans la journée.

    Heureusement, après quelques tentatives, sa mémoire revint ; il lut alors une page entière d’un livre sans le moindre signe de fatigue.

    Je partis ce jour-là à onze heures du soir.
    Quelque temps plus tard, le professeur Wesner Désir — représentant la Radio et Télévision Nationale — l’approcha. Souhaitant réaliser une émission consacrée à l’écrivain Jacques Roumain (auteur de *Gouverneurs de la Rosée*) afin de commémorer un anniversaire particulier, il lui demanda de lui accorder un entretien télévisé, faisant valoir qu’il avait connu Jacques personnellement et qu’il était resté proche de sa famille.

    Et voilà : une belle réussite.

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