Mon livre sur L’autisme en toute simplicité

Le troisième moment est le plus difficile à dire. Non par pudeur — du moins pas seulement — mais parce que les mots y semblent toujours légèrement en dessous de ce qui s’est passé. Il y a eu un temps où moi-même j’ai failli. Pas de façon spectaculaire. Pas d’une manière que je pourrais inscrire dans une chronologie précise. Mais il y a eu un seuil intérieur — une limite où je n’étais plus tout à fait certain de ce qui me retenait encore. Où quelque chose en moi s’était approché d’un bord que je ne savais pas nommer. Et quelque chose — une force, une présence, une voix qui n’était pas vraiment une voix — m’a retenu. M’a relevé. M’a réorienté vers ce qui restait à faire, à dire, à transmettre. Je murmure cela plus que je ne le proclame, parce que les choses les plus vraies se murmurent. Mais je le dis, parce que ce livre ne peut pas commencer sans que cette vérité-là soit posée, aussi fragile soit-elle, sur le seuil.

* * *

Ces trois expériences, longtemps, je les ai portées séparément, comme des fragments sans lien apparent. Puis le recul — et quelque chose d’autre, quelque chose qui ressemble à la grâce d’une compréhension progressive — m’a permis de voir qu’elles formaient un tout. Qu’elles constituaient non pas des accidents de vie, mais une formation. Une préparation à un regard que je n’aurais pas pu développer autrement. On ne peut pas décider de voir ce que les autres ne voient pas. On y est conduit, par des voies que l’on n’aurait jamais tracées soi-même.

Ma mission — si ce mot n’est pas trop grand pour ce que j’essaie de dire — n’est pas de prêcher. Elle n’est pas nonplusd’enseigner au sens institutionnel du terme. C’est de témoigner. De dire ce que j’ai vu, avec la précision du cœur plutôt qu’avec l’exactitude du rapport. Je suis devenu, au fil de ces épreuves et de ces miracles, quelque chose comme un passeur — entre des mondes que la raison seule ne peut relier, entre des langages que la vie ordinaire ne traduit pas spontanément. Ce n’est pas un rôle que j’ai choisi. C’est un rôle qui m’a choisi, et que j’accepte maintenant avec une humilité qui me coûte parfois, mais que je ne peux pas me permettre d’abandonner.

* * *

1 commentaire

  1. Il y avait ce grand musicien nommé Émile Volel — dont je garde un souvenir précieux — qui était devenu un ami.
    C’était un artiste « homme-orchestre ».
    Ce gentleman avait acheté un clavier Yamaha auprès chez Raoul Denis le représentant de cette marque en Haïti. Or, trois ans après qu’il eut commencé à l’utiliser, des modèles plus récents et plus perfectionnés étaient apparus sur le marché.
    Remarquant que j’étais un admirateur — et que j’appréciais sincèrement sa musique — et comme il me laissait de temps à autre m’exercer sur son instrument, il me proposa de me revendre ce modèle plus ancien. Je le lui rachetai pour 800 dollars. Il avait besoin de cette somme pour financer l’acquisition d’un autre clavier — un modèle coûtant 5 000 dollars. Le nouveau clavier offrait des sonorités extraordinaires dont l’ancien en était dépourvu — à une exception près. L’ancien modèle comportait une banque de sons incluant le trombone et l’harmonica ; bien que le nouveau proposât techniquement ces mêmes options, celles-ci sonnaient si artificiellement qu’elles lui parurent totalement factices. Pourtant, il adorait s’accompagner au trombone et à l’harmonica sur la quasi-totalité de ses chansons. Par conséquent, presque chaque week-end — et chaque fois qu’il avait une soirée dansante à animer — il m’appelait pour me demander s’il pouvait m’emprunter mon clavier. Il le voulait que pour pouvoir jouer ces sonorités spécifiques de trombone et d’harmonica, qui sonnaient presque comme naturel.

    La situation en arriva à un point où j’avais l’impression d’avoir souscrit un abonnement permanent à son service.
    Pour plaisanter, un jour, je lui dis : « Mon cher ami, tu devrais vraiment me verser une commission sur chaque soirée dansante que tu animes !
    Car il me faisait travailler , en me faisant transporter le clavier qui pesait. ! »

    Pourquoi je fais cette parallèle avec l’Intelligence Artificielle ?

    Pour montrer qu’un animal possède des capacités que l’IA ne possède pas. La sensibilité.

    J’avais autrefois un chien à la maison — un croisement entre un Doberman et une autre race — mais c’était un animal magnifique : d’un noir lustré et doté d’un corps assez longiligne. Je nourrissais ce chien exactement comme je me nourrissais moi-même ; Plus précisément, j’ai interdit à quiconque de lui donner de la nourriture à base de viande. Mon guide spirituel m’avait enseigné ceci : « Tu n’as aucun droit de contraindre tes parents, tes amis ou quiconque d’autre à s’abstenir de manger de la viande, car ils possèdent les facultés de discernement et de jugement.
    En revanche, ton chien relève de ta responsabilité directe ; tu n’as donc aucun droit de le nourrir de viande ou de tout autre produit d’origine animale. » Et, de fait, le chien devint végétarien, adoptant exactement le même régime alimentaire que le mien.
    Et tous les membres du foyer respectèrent mes prérogatives.

    Cela dit, s’il arrivait qu’un rat 🐀 ou un poulet 🐓 croise son chemin, l’affaire tournait mal pour eux ; on ne voyait plus alors que la queue du rat ou les plumes du poulet. Cela démontre simplement qu’un animal est doté d’instincts animaux — instincts qui demeureront assurément inchangés jusqu’à une vie future, où ils pourraient être transformés par la force de notre exemple positif. Tous comme pour nos parents qui parleront du bien de nous qu’après notre départ.

    Je ne saurais dire si c’était la conséquence directe de ce traitement, mais ce chien développa une sensibilité telle qu’elle me laissa croire qu’il était la réincarnation d’un musicien.

    Pour reprendre une expression de mon ami Émile Volel : J’aimais jouer de l’harmonica, et à chaque fois, ce chien poussait des hurlements comme s’il chantait une chanson, ma femme me disait alors : « Oh, ne joue pas de cet instrument ! Tu fais souffrir le chien ! » — ignorant que sa c’était en réalité une manifestation de joie ; qu’il était, en fait, un « chien-musicien » dont l’âme même vibrait au son de l’harmonica.
    Pour comprendre le problème
    d’Émile, je tentai un jour une expérience : je jouai ces mêmes morceaux — cette fois en utilisant la fonction « harmonica » de mon clavier électronique — tout en étant assis juste à côté du chien. Il ne manifesta absolument aucune réaction — rien de comparable à la réponse qu’il donnait face à l’harmonica véritable. Mais dès l’instant où je repris la « simple » harmonica en main, il se mit immédiatement à « chanter ».

    Un jour, alors que j’étais à mon travail , je racontai cette anecdote au personnel, mais ils refusaient tout simplement de me croire.
    Je demandai donc à ma fille d’aller jouer de l’harmonica pour le chien ; celui-ci se mit aussitôt à « chanter » — poussant un hurlement doux et léger — et les membres du personnel furent ravis de constater que je leur avais dit la vérité.
    Tout cela démontre que, même si l’on tente de refouler sa véritable nature, celle-ci finit toujours par revenir au galop.

    Pour nous consoler, disons-nous que l’intelligence artificielle ne pourra jamais véritablement remplacer les humains ; elle est dépourvue de sentiments — ce n’est rien d’autre qu’un robot 🤖. Quoi qu’il en soit, donnons une immense salve d’applaudissements pour nous les hommes ! 👏 👏 👏.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.